Format: 200x190cm

Technique: Huile sur toile

Période de création: Années 2012/2013

Ci-dessous un texte écrit par Christian Noorbergen:


"Volkmar Ernst
ou les tressaillements de l'opacité"
 
Ecriture d'étendue, en lisière d'inconnu, dans l'insondable du sans limite, et l'énigme croît sur les parois implacables d'une superbe et sobre muralité. L'art est un trou dans le trop-plein du monde, et l'effet d'art est irréversible accident. Art d'éveil et d'élévation, au seuil de l'essentiel, car Volkmar Ernst, pudique et distant, n'en dit jamais trop. Au creux de cette ascèse picturale, ce créateur d'intériorité mentale ne s'attarde pas sur la diversité et la provocation chromatiques. Il utilise plutôt toutes les modulations d'une valeur enfouie, comme autant de variations fouillant la totalité d'un son proche du silence. Peinture-conscience.

Au marges de l'abstraction occidentale, l'oeuvre de Volkmar Ernst s'entoure d'absence, d'une riche et féconde absence effaçant en elle tout ce qui gravite autour du visible et qui se nomme aveuglément dans les apparences du monde. S'éloignant des diurnes séductions, Volkmar Ernst laisse vibrer en vastes gestes qui déferlent, les non-dits majestueux des sourdes nappes phréatiques du mental archaïque. Son art dit abstrait est celui d'une révélation à rebours, celle des soubresauts latents de la nuit mentale la plus enfouie, où tout se tait et se terre.

A l'étrange et à l'illimité, s'ouvre ici l'espace d'art, avec des vagues de méditation lointaine qui s'appareillent au sacré. Alphabet immaculé, décanté, de sidérante densité. La peinture de Volkmar Ernst, durement verticale, jamais ne s'abandonne au geste qui libère. Comme un talisman d'immensité, comme un sombre miroir à secrets, elle se délivre lentement. Les clartés du jours ne sont pas sollicitées. Ni les facilités des impressions charnelles.

Volkmar navigue en haute création, entre innocence et expérience, entre désir et mystère. Il peuple intensément les surfaces. Il garde intacte la puissance des profondeurs. Il respecte les ténèbres de l'univers, et, violemment présente, en grandes plaques de nuit, l'opacité ne cesse de croître et d'agir. Violant le vide, la tache fiévreuse et disséminée délivre l'art de ses médiocres transparences.

Quelque chose est arraché au fond le plus secret de tous les états de la matière vitale: l'envers du corps-univers. De solitaires îles psychiques traversent l'opacité sans fond des origines et viennent s'éclater sur la toile. Puis Volkmar Ernst invente une fragile muraille de signes exacerbés et vibratiles qui masquent un possible et terrifiant déferlement d'abîme. Des traces de signes, plutôt, des presque riens qui osent enserrer le tout de l'étendue. Et l'oeuvre entière tressaille d'intensités murmurées, fulgurantes et tragiques, intranquilles et magiques. Art de falaises mentales. Sombre présence poignante.

Dans les voiles de l'oeuvre, dans ses labyrinthes d'ombre, dans cet étau chromatique piégé, vibre la fabuleuse présence des sources originelles autrefois convulsives, mais devenues pacifiées, venue peu à peu du fond des âges, quand s'éteignes les flammes veloutées du chaos, sous le scalpel sans poids d'une lumière sacrale. Un déploiement souterrain est en action, omniprésent, coextensif à toute surface peinte. Quand le fond de l'oeuvre est espace sans fond.

Dans la "sérénité crispée" de Volkmar Ernst, les éléments de base fusionnent, creusant ainsi un univers symbolique d'une incroyable profondeur. Un noir de distance et d'oubli, sublimant la matière, absorbe en lui, par degrés subtils et lointains niveaux de conscience, l'éternelle énergie du cosmos. Cet art subtil, fin et pluriel, se dérobe, comme il se doit, au sens et au définitif.

Pas de message, nulle spéculation, aucun discours. Plutôt l'ascèse méditative et poétique d'un déploiement de vie sensible, plus que les mirages précieux de l'intellect, quand même des dures fractures, comme l'écho brisé d'une fusion oubliée, signeraient parfois les traces aiguës des meurtrissures vitales. C'est la trame maculée/immaculée du dedans le plus profond que transmet l'artiste, quand la nuit mentale, dans l'univers indéfiniment broyé et reconstruit, ne laisse filtrer que l'essentiel. En verticalité tranchée. En diffuse sensualité. Au creux de l'insondable.

L'art est l'abîme prodigieux de nos affects.

                                                                                                                                                                                   Christian Noorbergen


 
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